La santé, thermomètre des inégalités sociale
Chronique d'Elie Arié - Médecin, le 24/01/2010 sur le site de Marianne
Elie Arié, médécin, revient sur les liens entre santé et bien être social. Pour notre chroniqueur, avoir une population bien portante n'est pas une question purement médicale.
Cette définition (plus pratique que celle de l’Organisation Mondiale de la Santé, trop utopiste, et qui se confond avec celle du bonheur absolu : « un état complet de bien-être physique, psychique et social ») a le mérite d’être mesurable , pour un pays comme pour un individu :
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le nombre d’années de vie , pour un pays, s’exprime par l’espérance de vie moyenne de la population,
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le handicap se mesure grâce à des échelles de qualité de vie, prenant en compte des éléments objectifs ( la diminution des performances physiques ou psychiques) et des éléments subjectifs ( vous sentez que « ça va » ou que « ça ne va pas », même si aucun médecin n’arrive à formuler un diagnostic précis sur votre cas)
La santé ne se résume pas à la médecine et au curatif
On voit donc bien que la santé ne se résume pas à la médecine et au curatif. Si on considère l’état de santé des Français, il est tout à fait comparable à celui des autres pays développés (mais nettement meilleur pour les femmes que pour les hommes), avec, cependant deux points faibles :
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une surmortalité des hommes avant 65 ans, essentiellement liée à l’alcool, au tabac, et aux morts violentes (accidents et suicides) : il s’agit donc de causes de mortalité théoriquement « évitables » ;
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des inégalités trop profondes entre les classes sociales : la différence d'espérance de vie à l'âge de 35 ans entre un manœuvre et un cadre supérieur est de plus de neuf années, et, malgré l’extension progressive de l’ Assurance-Maladie à toute la population en un demi-siècle, cette différence va en s’accroissant (ce qui prouve bien que la santé ne dépend pas que de l’accès à la médecine, mais aussi de bien d’autres facteurs) (...)
Tout ne dépend pas du système de soins
Il faut aussi agir sur le chômage, les conditions de travail...
Ce qui est clair, en tous cas, c’est que, si un pays comme la France, qui consacre 11,5 % de son PIB à son système de soins (seuls au monde les Etats-Unis et la Suisse lui consacrent davantage, respectivement 14% et 13%), voulait améliorer l’état de santé de sa population, elle devrait investir de l’argent dans les autres déterminants de l’état de santé beaucoup moins dotés : chômage(2), conditions de travail, environnement, éducation, alimentation, modes de vie.
Ainsi, si l’espérance de vie est passée en France de 35 ans en 1800 à 56 ans en 1936, année où la médecine était encore très peu efficace, c’est essentiellement à cause de l’amélioration générale des conditions de vie, et, en particulier, de la quasi - généralisation de l’eau potable.
On sait aujourd’hui qu'en modifiant le mode de vie ou l'environnement physique et social, on arriverait probablement à améliorer davantage la santé que si l'on investissait plus d'argent dans les systèmes existants de prestation de soins.
L’état général de santé d’un pays constitue certainement un des meilleurs indicateurs de son niveau de développement global, économique et social .
1. En particulier la plus grande espérance de vie au monde, tant pour les hommes que pour les femmes.
2. L’état de santé est altéré par les contrats précaires et la durée du chômage
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