Article paru sur le Nouvel Economiste le 04/05/2010 Par Caroline Castets
Le nouvel économiste nous propose ici une analyse approfondie de la notion des Risques psychosociaux et plus généralement de la souffrance psychique. Après une approche historique revenant sur les modes de travail et de management et la montée en puissance de la prise en conscience du stress en entreprise, les différants intervenant proposent une explication des évolutions actuelles.
Pourquoi ce déni aussi bien au niveau gouvernemental que des directions, quels sont les effets néfastes pour l'individu comme pour les organisations et quelles sont, aujourd'hui, les pistes les plus pertinentes pour trouver les solutions préventives comme curatives pour lutter contre le mal-être au travail.
Extrait :
Véritable tabou pendant près de vingt ans, voilà la souffrance psychique hissée depuis peu au rang de réalité corporate et juridique. Difficile donc, de prétendre en ignorer encore les effets, ces risques psychosociaux nés de la reconfiguration des modes de travail et de management que l’on a longtemps éludés faute de savoir comment les gérer, voire, les nommer. Résultat, de la montée du stress au travail aux pulsions suicidaires en passant par le désengagement des salariés, ceux-ci gangrènent les entreprises en générant pertes de productivité, démobilisation et donc manques à gagner, mais aussi en les exposant à un risque juridique assorti d’un risque d’image.
Une souffrance d’une nature plus insidieuse, moins facile à périmétrer et à identifier et, au final, plus dangereuse pour le salarié comme pour l’organisation : la souffrance psychique. Celle que l’on a mis une quinzaine d’années à reconnaître, identifier et nommer sous le terme de “risques psychosociaux”. (...)
Auteur du rapport sur le harcèlement au travail du Comité économique et social, le professeur Michel Debout est psychiatre, co-auteur de Violences au travail ; agression, harcèlement, plans sociaux et membre de l’association VTE (Violence, Travail et Environnement).
"Ces violences externes ont fait naître un sentiment nouveau : aller au travail c’était prendre un risque et cela pouvait susciter une peur, donc une souffrance.
L’apparition d’une forme de violence institutionnelle – celle de l’organisation managériale, des plans sociaux, de l’individualisation des rapports en entreprise- va accélérer la prise de conscience. “Progressivement, on découvre l’importance de la dimension relationnelle et humaine dans le monde de l’entreprise et la réalité de certains effets du travail sur la santé psychique des personnes s’impose.” (...)
La parution, fin 1998, du livre de Marie-France Etchegoyen – Harcèlement moral ; ou la violence perverse au quotidien” – lève le tabou. En 2002, un rapport du Conseil économique et social franchit un cap supplémentaire en évoquant la santé mentale du salarié et les situations susceptibles de l’altérer. On entend parler de “risque suicidaire”, d’“effets du stress” et, pour la première fois en 2004, de “risques psychosociaux”. (...)
“Les premiers signes sont une anxiété chronique accompagnée d’une chute de la motivation, d’une sensation d’épuisement, d’un sentiment d’impuissance et, à terme, d’une perte de l’estime de soi, explique-t-elle. Survient ensuite l’entrée dans la dépression et les premiers arrêts de travail qui ont généralement pour effet d’isoler encore plus la personne et de l’exclure du collectif (...)
Autre manifestation de mal-être quasi indétectable celle-là : le présentéisme(...)
Sociologue des entreprises et auteur, entre autres, des Illusions du management et de la La Barbarie douce, Jean-Pierre Le Goff cite trois raisons majeures à la montée des risques psychosociaux en entreprise : l’intériorisation des normes et des contraintes, la question ambiguë de l’autonomie et l’érosion du collectif.(...)
“Désormais, on ne dirige plus la ressource humaine, on la “gère”,(...)
Ajoutez à cela ce que le sociologue appelle “le mythe de la performance absolue” qui exige du salarié savoir, savoir-faire et savoir-être, les injonctions paradoxales du type “soyez autonomes et responsables” et le décloisonnement des services au nom d’une nouvelle organisation matricielle du travail qui entremêle les zones de compétences autour d’un produit ou d’un projet, et vous obtenez un environnement professionnel plus libre, plus flou et surtout, plus anxiogène. (...)
Yassaman Montazani confirme : “Les premières causes de mal-être signalées par les salariés sont liées au sentiment d’être traités en objet et d’inutilité face à un travail qui, pour beaucoup, a perdu tout son sens.” (...)
Pour Bénédicte Haubold, fondatrice d’Artélie Conseil (société spécialisée dans l’anticipation et la résolution des situations humaines difficiles en entreprise) et auteure d’un livre paru en 2009 : Les Risques psychosociaux, cet impact peut constituer “un risque business” en “exposant l’entreprise à l’échec éventuel d’un projet stratégique pour cause d’un climat social délétère ou d’une forte démobilisation des salariés”.
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