Nous accueillons ce mois-ci José Gramdi, Enseignant-Chercheur à l'Université de Technologie de Troyes et Consultant, concepteur de l'indice de Performance Interactionnelle Globale (PIG). Il revient avec nous sur les applications et les bénéfices de cette nouvelle approche du pilotage de l'Entreprise.
Allo Boulot Bobo : Vous êtes enseignant-chercheur à l’Université de Technologie de Troyes (UTT) et consultant en performance industrielle, vous animez l’UV « Excellence Industrielle ». Pouvez-vous nous expliquer l’objet de cette formation ? A qui s’adresse-t-elle ?
José Gramdi : C'est un module d'une centaine d'heures destiné à des élèves ingénieurs en Systèmes Industriels qui peuvent se trouver à différents niveaux de leur cursus, entre la troisième et la cinquième année. Sa thématique est l'amélioration continue (Lean Management, Six Sigma, Théorie des Contraintes) et la performance industrielle mais avec la volonté ferme de ne pas trop s'attarder sur les outils opérationnels mais plutôt de réfléchir aux ingrédients indispensables à leur déploiement vertueux. C'est en effet cet aspect qui est le plus souvent critique et auquel on peut attribuer les retours d'expérience négatifs et surtout la très mauvaise perception de ces démarches par les salariés et les syndicats.
Allo Boulot Bobo : Pourquoi les démarches d'amélioration des processus opérationnels tel que le Lean Management ou le 6 Sigma sont-elles aussi décriées en France ?
José Gramdi : Je suis atterré devant ce qu'il se passe actuellement en France dans le domaine de l'amélioration continue. Nous n'avons vu dans le Lean Management qu'une boîte à outils et très peu d'entreprises (mais pire, de consultants…) ont perçu le changement de paradigme administratif et managérial sous-jacent. C'est ainsi que nous assistons actuellement à un dangereux détournement des outils du Lean avec un objectif et un seul : améliorer la productivité et ceci toujours dans notre bon vieux schéma hiérarchique pyramidal. Les démarches Lean se transforment donc dans bien des cas en une chasse aux coûts avec pour unique objectif non avoué de réduire les effectifs. Ceci crée des situations cyniques et quelque peu schizophréniques dans lesquelles on demande un engagement participatif aux salariés avec à la clé… la suppression de leur poste ! Le Lean doit au contraire être vu comme un mouvement vertueux de développement et de pérennisation de l'entreprise, d'amélioration des conditions de travail et de participation des salariés, dans lequel toutes les parties prenantes de l'entreprise doivent être gagnantes. Ce n'est qu'à cette condition que le Lean obtiendra l'adhésion franche des intéressés et qu'il pourra contribuer à la redynamisation de notre tissu industriel taciturne et moribond. Sinon il n'aura pour effet que d'accélérer le phénomène de désindustrialisation de notre pays.
Allo Boulot Bobo : Vous êtes le concepteur de l’indice de Performance Interactionnelle Globale (PIG). Expliquez-nous ce qu’est la PIG ? A qui s’adresse-t-elle ? Que permet-elle d’identifier, voire de mesurer ?
José Gramdi : La PIG est effectivement un indicateur mais au-delà de cela c'est une nouvelle façon d'aborder, de modéliser et de piloter l'entreprise. Je l'ai imaginé en réponse à l'approche dominante en gestion industrielle qui consiste à tout découper en lamelles pour maximiser localement et isolément les performances, en droite ligne avec l'approche réductionniste de Descartes ("de diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour le mieux connaître simplement"). La seule façon d'améliorer la performance d'une organisation ainsi cloisonnée est alors naturellement d'en réduire localement tous les coûts, et on sait maintenant où cela nous conduit... La PIG aborde au contraire l'entreprise dans sa globalité comme un système, c'est à dire "un ensemble d'éléments en interaction dynamique structurés en fonction d'un objectif", et c'est cet objectif qui est agrégé en un indicateur unique qui regroupe le compte d'exploitation, la vitesse de transformation et la satisfaction des clients. A partir de là il s'agit de rattacher les caractéristiques des processus opérationnels à cet indicateur, de mettre en lumière leurs interactions et d'identifier ainsi les pistes vertueuses d'amélioration.





























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