Suite à l'article de Laurence Estival "Les Nouveaux penseurs du management" paru sur Pourseformer.fr en Décembre 2010
Laurence Estival, journaliste, nous propose ici un état des lieux des nouveaux concepts de management qui revisitent l'organisation et la stratégie de l'entreprise. La crise économique et la montée en puissance des risques psychosociaux poussent à s'interroger sur viabilité des grandes théories du management. Entre travail collaboratif, ouverture à la sociologie et la psyhologie ou bien encore l'éthique comme valeur prépondérante, que dire du Management moderne ?
Extrait :
Les grandes théories du management ont vécu. Désormais, une multitude de nouveaux concepts revisitent l’organisation et la stratégie de l’entreprise : les négociations à hauts risques, décryptées par George Kohlrieser, les ressources humaines et la motivation revisitées par Norbert Alter, l’« entreprise névrosée » de Manfred Kets de Vries… Enquête sur les chefs de file influents du moment.
Trente ans après leur heure de gloire, les “papes” de la pensée managériale peinent à trouver des successeurs. Qui pour assurer la relève de Peter Drucker, l’un des précurseurs de la planification stratégique et du management par objectif ? Quel théoricien pour succéder à Henry Mintzberg, fondateur de “l’école de la contingence” qui a montré comment les modes d’organisation, en évolution permanente, sont déterminées par l’environnement économique ? Les experts mondialement reconnus pour penser l’entreprise dans sa globalité semblent aujourd’hui manquer à l’appel. Le temps des gourous serait-il révolu ?
“Les entreprises se méfient des modèles et des solutions clés en main, souligne Jean-Louis Muller, directeur de l’unité RH et management à la Cegos. Elles s’aperçoivent qu’être manager est plus complexe que ce que l’on apprend dans les livres ou dans les écoles.” En outre, la crise est passée par là. “Personne n’a rien vu venir et les grandes théories ne leur ont été que d’un faible secours”, rappelle Freek Vermeulen, professeur de stratégie à la London Business School. Un paradoxe, à l’heure où dirigeants et cadres recherchent des clés pour repenser les modèles organisationnels et stratégiques. De leur côté, les chercheurs avancent par tâtonnement. Si dans ses cours, Freek Vermeulen continue malgré tout, comme ses collègues, à enseigner les préceptes de ses glorieux prédécesseurs, il n’hésite pas à démontrer, études de cas à l’appui, les limites de leurs théories. “Je suis comme un zoologiste qui étudie le comportement des animaux avec un regard extérieur.” Il met ainsi en évidence la faillite des stratégies fondées sur la seule l’observation de la concurrence pour définir un modèle de développement de l’entreprise.
Priorité au pragmatisme
De là, à ériger en nouveau paradigme “l’océan bleu”, il y a un pas. Cet enseignement théorisé par Chan Kim et Renee Mauborgne, deux chercheurs de l’Insead, s’appuie sur l’étude de 150 cas. Les professeurs y invitent les acteurs économiques à quitter les rives de “l’océan rouge” fait de concurrence acharnée pour plonger dans “l’océan bleu” réservé aux pionniers qui, en se positionnant sur des marchés encore inexplorés, ont réussi à s’affranchir de leurs compétiteurs.
“Aujourd’hui, il est quasiment impossible de tirer des enseignements globaux de nos observations ou de nos recherches, qui pourraient s’appliquer à tous les secteurs et tous les types d’entreprises”, remarque David Courpasson, professeur de sociologie des organisations à l’EM Lyon et éditeur en chef de la revue “Organization Studies”.
Les consultants spécialisés font le même constat : “Dans les années 1980, on allait à Chicago rencontrer des universitaires pour comprendre les évolutions, trouver de nouveaux concepts, pointe Jean-Luc Placet, président du GSSEC (Groupement des syndicats Syntec des études et du conseil). Ces temps-là sont révolus. Désormais, nous sommes devenus pragmatiques. Les dirigeants sont en quête de réponses à leurs besoins spécifiques.”
Comment en est-on arrivé à cette situation ? “Dans un monde de plus en plus complexe, la recherche tend vers une spécialisation toujours plus poussée. Ce mouvement rend difficile l’identification de chefs de file pour les managers comme pour les chercheurs eux-mêmes”, se défend Nicolas Mottis, enseignant et chercheur à l’Essec, qui essaie, dans le programme de management général de l’école réservé aux cadres seniors, de guider les entreprises dans les arcanes d’un savoir en construction.
“Les recherches ne s’organisent plus autour de maîtres à penser, poursuit Nicolas Mottis, mais autour de réseaux thématiques regroupant plusieurs chercheurs travaillant sur les mêmes problématiques.” Parmi eux, ceux abordant les questions de gouvernance, la transformation des organisations ou l’entrepreneurship ont particulièrement le vent en poupe. “Sans oublier la responsabilité sociale, l’innovation, les risques psychosociaux, ou encore la gestion de la diversité”, note Jean-François Chanlat, directeur de l’Executive MBA de Paris-Dauphine qui a décidé, cette année, de réaménager son cursus sous l’angle de ces nouveaux questionnements. Les premiers cours seront confiés à Jean Pasquero, titulaire de la chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l’UQAM (Université du Québec à Montréal) et vice-président du RIODD (Réseau international de recherche sur les organisations et le développement durable) qui a fait de l’éthique en entreprise un de ses principaux champs d’exploration.
La responsabilité sociale, une préoccupation également à Bocconi, la “business school” milanaise où Maurizio Zollo, transfuge de l’Insead et directeur du projet académique “Response”, la plus grande étude sur la RSE (responsabilité sociale de l’entreprise) à ce jour, financée par l’Union européenne, est mis sur le devant de la scène. Selon cette enquête, la performance d’une entreprise dépend de sa capacité à adopter une démarche offensive prenant en compte les attentes de la société dans sa stratégie de développement, au lieu de se borner à étudier les conséquences de leurs activités sur leur environnement. (...)
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