Ce mois-ci, Allo Boulot Bobo a le plaisir d'ouvrir ses colonnes à Dominique Steiler, Professeur, Directeur adjoint à la pédagogie et Directeur du Centre Développement Personnel et Managérial à l'Ecole de Management de Grenoble
Allo Boulot Bobo : Monsieur Steiler, Comment vous est venue l'idée de ce livre ?
Dominique Steiler : Cela fait une 20aine d’année que je travaille sur les aspects de stress et bien-être au travail. Durant toutes ces années, il était quasi impossible d’évoquer ce mot de bien-être sans être taxé de « ne veut rien faire » ou encore « n’a rien compris à la vie ». Aujourd’hui, l’actualité, l’évolution des mentalités a permis (enfin) d’aborder ce sujet clé. Alors le moment était simplement venu de faire valoir cette voix. Mon souci majeur est de voir les « opportunistes de marché » par des actions, des interventions ou des écrits de façade, briser un élan qui est au cœur de nos vies depuis toujours : « comme vivre bien ? »… cela a toujours été un des thèmes centraux de la philosophie.
Allo Boulot Bobo : Le bien-être au travail est-il, selon vous, une réponse à la prévention des RPS ? et pourquoi ?
Dominique Steiler : Non ce n’est pas une réponse, c’est un lieu vers lequel tendre et pour tendre vers ce lieu différentes approches peuvent être mises en œuvre. Tous les travaux sur la prévention des risques psychosociaux vont dans ce sens… mais l’ambition est bien plus grande pour ma part :
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Quand saurons-nous penser différemment l’enseignement (l’éducation) dans toutes les classes, le supérieur mais aussi le lycée, le collège et le primaire, afin d’initier au plus tôt dans la vie des personnes un apprentissage « juste » des comportements qui font grandir plutôt qu’enfermer ?
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Quand saurons-nous former nos enseignants afin qu’ils intègrent dans leur propre éducation ce que la science et la philosophie savent depuis déjà longtemps sur ce thème ?
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Quand saurons-nous penser l’économie autrement, je ne parle pas de changement radical (point d’orientation politique dans mes mots) ici, mais simplement permettre au système qui est le nôtre de répondre aux buts qu’il s’était fixés à son origine
- Améliorer les revenus et les richesses par habitant (cela a fonctionné)…
- Pour améliorer le bonheur… là il y a problème !
Passer d’une guerre économique que tout le monde présente comme étant « la vie… c’est comme cela que cela fonctionne » à une paix économique (et son éducation bien sûr). Cela peut paraître utopique, mais si l’on nous avait dit il y a 20 ans qu’un jour le développement durable ou la gestion du stress au travail seraient des priorités nous aurions ri.
Allo Boulot Bobo : Pouvez-vous nous en dire plus sur le "slow management" ?
Dominique Steiler : Tout y est !… comprendre que la qualité d’être est fondamentale et princeps à la qualité de faire. C’est parce que je suis centré sur qui je suis (avant tout une personne humaine avec ses forces et ses faiblesses) que je peux devenir un employé performant. Si je me place du côté du manger, c’est avant tout garder en conscience que je travaille avec des personnes et redonner le sens de l’humain, de la rencontre et du partage.
Allo Boulot Bobo : Vous parlez dans votre ouvrage des causes réelles du stress. Pouvez-vous nous les citer ?
Dominique Steiler : Il est toujours compliqué de répondre à une question de ce type. Le premier point à considérer est la lutte, inutile, qui a eu lieu dans notre pays pour reporter « la faute » sur quelqu’un. Le patronat sur l’employé et l’employé sur l’entreprise. Je pense qu’il n’est pas question de « faute », mais bien de saisir ce qui peut être fait pour réduire ce stress ou améliorer les compétences à faire face.
Pour tenter de répondre succinctement à un début de taxonomie, je pourrais dire que dans les causes de stress il y à celle rattachées directement au contexte organisationnel (environnement de travail), celles portant sur l’interaction entre la personne et l’organisation (adéquation poste/compétences ou encore relation managériales) et celles spécifiquement reliées à la personne (gestion et développement de ses propres stratégies de gestion du stress).
Allo Boulot Bobo : Comment réagissent les étudiants et les entreprises avec qui vous êtes en contact suite à la publication de votre ouvrage ?
Dominique Steiler : « Enfin ! quelqu’un parle de ces aspects si forts et fondamentaux ! ». Il suffit de prendre une remarque récurrente depuis des années pour comprendre ces réactions : « pour me dire ce que je fais de mal les gens sont là, mais pour me remercier il n’y a personne. On ne m’a jamais dit merci dans mon travail ! ».
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