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Allo Boulot Bobo : Quels sont les bénéfices et les limites de ces interventions ?
Bernard Bennatar : Il y a plusieurs niveaux de bénéfice. D’un point de vue personnel d’une part. Les personnes viennent me voir et me disent : « cela m’a fait du bien de me remettre à penser » ; « cela faisait longtemps que je n’avais pas pensé ainsi ». (...)
Et tout le monde, en tant qu’être humain, est en règle générale ravi de prendre de la hauteur, de s’interroger sur ses valeurs personnelles, de se poser des questions plus « globales » sur leur vie.
Le 2ème bénéfice, c’est d’autoriser la pensée ensemble. S’autoriser, les uns avec les autres, à créer du sens sur la condition humaine, sur ce que l’on fait là, sur le pourquoi nous sommes là… Créer un débat, s’autoriser à partager ses pensées « intimes » et se rendre même compte que nous pouvons être convertis par les pensées de l’autre.
Le 3ème bénéfice auquel je pense est celui de décloisonner, pendant un temps, les rôles et les statuts de chacun. Mon rôle est de permettre la communication au travers des cloisons « personnelles ». Et cela est d’autant plus pertinent en entreprise où les cloisonnements hiérarchiques ou opérationnelles peuvent freiner voire empêcher certaines communications.
Il y a également une volonté de se « réconcilier » avec les mots de l’entreprise et leur redonner plus de sens : performance, intervention, changement… Comme je le disais précédemment, il est important que les collaborateurs co-construisent une vision partagée de ces valeurs.
Alors qu’aujourd’hui, on constate que ces mots sont presque devenus vides, ils sont trop utilisés. Il faut leur redonner ensemble de l’épaisseur, de la richesse, de la pluralité de sens en fonction des circonstances. Le mot porte l’action collective, il est important.
Les limites à mes actions sont surtout dues au plan d’actions décidé en amont. En fait, tout dépend de l’objectif de l’intervention. Si l’objectif de l’entreprise qui fait appel à moi est purement un objectif de performance qui s’inscrit sur du court terme, l’intervention est trop limitée. Ce genre d’action et d’échange demande du temps pour faire murir les idées. Il faut laisser venir. Ces interventions nécessitent du temps.
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Allo Boulot Bobo : Est-ce que le médiateur a un rôle à jouer dans la prévention des RPS ?
Bernard Bennatar : Bien entendu. Le médiateur a un rôle à jouer dans la dimension sociale des RPS. Personnellement, je suis également psychosociologue et donc d’autant plus concerné par la prévention des risques psychosociaux. Pourtant, on constate aujourd’hui que les entreprises font d’avantage appel à des psychologues qu’à des psychosociologues.
Le problème est que l’on s’attache plus à régler la souffrance des individus plutôt que de s’occuper du travail ou du corps social.
Mais dans la notion de risque psychosocial, je trouve cependant qu’il y a quand même eu un progrès très important. En effet, cela signifie que l’on reconnait la souffrance morale. Depuis de nombreuses années, on a reconnu une vulnérabilité physique notamment avec les TMS (troubles musculo-squelettiques). En a suivi des modifications sur l’ergonomie, les environnements de travail, la sécurité des postes de travail… On a constaté que tous ces éléments pouvaient dégrader l’intégrité physique de celui qui travaille.
Avec les RPS, on sous-entend que le travail peut également dégrader l’intégrité morale de ceux qui l’exercent entrainant stress, maladies professionnelles, burn out et suicide. Si quelqu’un agit au contraire de ses valeurs profondes, on lui demande de faire ce qu’il a toujours refusé de faire, il va contre ses propres valeurs et cela a un impact sur sa santé mentale. Et cela sous entend également que l’organisation du travail peut être une cause d’une dégradation de la santé mentale.
Ainsi en remettant au cœur du collectif ce qui fait sens, je fais de la prévention des risques psychosociaux. En réinterrogeant les interactions grippées, je fais de la prévention... Toutes ces interrogations philosophiques permettent de recréer de la coopération, de la solidarité, de l’entraide, de la conception commune de ce que l’on a à faire.
Quand on regarde les remontées de terrain sur les RPS, les plaintes, elles portent essentiellement sur des valeurs morales : on nous manque de respect, nous ne sommes pas reconnu…
Personnellement, cela fait plus de 20 ans que je travaille comme consultant et j’ai le sentiment d’avoir toujours travaillé dans la prévention des RPS. Dans le sens où j’interpelle les valeurs morales des individus et que je recrée ainsi du collectif, ce qui me semble être le principe même de la prévention.
J’ai l’exemple de salariés travaillant dans des centrales nucléaires. On leur demandait de réduire certaines de leurs actions de contrôle ce qui allait à l’encontre de leurs valeurs car ils connaissaient l’importance de leurs rôles et la dangerosité de leur métier. Ils étaient dans un contre sens moral et cela peut s’avérer très dangereux.
Pour moi, faire de la prévention des risques psychosociaux c’est vraiment interroger l’humain et le groupe social sur ses valeurs morales et trouver leurs adéquations avec l’organisation du travail par le retour d’un dialogue social ; et non dans le traitement des souffrances individuelles.
Bernard Benattar
www.penser-ensemble.com
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