Ce mois-ci, Allo Boulot Bobo a le plaisir d'ouvrir ses colonnes à Bernard Benattar, Philosophe du travail, médiateur et Psychosociologue
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Allo Boulot Bobo : Bernard, présente nous ton métier de médiateur/philosophe – Quel est l’intérêt de cette approche dans les entreprises ?
Bernard Benattar : A l’origine je suis consultant mais j’ai toujours eu une passion pour la philosophie. Ces deux disciplines ont de commun de faciliter les relations humaines et de faire réfléchir sur les notions de travail, d’organisation, de coopération…
Cette passion pour la philosophie est le désir de s’interroger sur des notions comme le dialogue, la condition humaine, la place de l’humain dans un groupe social comme dans les entreprises et les organisations. Et je ne pense pas qu’il y ait de lieu propre pour exercer la philosophie, alors pourquoi pas dans le travail ?
Dans les organisations, la philosophie permet de « s’arrêter » un moment pour réfléchir ensemble sur ce que l’on fait. Les entreprises ont des objectifs affichés comme faire du chiffre, augmenter la performance, améliorer les processus... Mon rôle est de pousser ce questionnement sur les objectifs de chacun au sein du groupe social.
On s’aperçoit que chaque salarié a des attentes variées vis-à-vis de l’entreprise. Tout le monde ne partage pas les mêmes objectifs. Certains peuvent vouloir juste bien s’entendre avec les autres, développer leur puissance d’agir, augmenter leurs compétences ou tout simplement jouir du collectif. Il peut y avoir une recherche de joie, de développement personnel, de bien vivre.
Dire que l’on ne travaille que pour gagner sa vie est, à mon sens, une absurdité.
Pour moi, être philosophe au travail, c’est soulever des questions qui viennent croiser les impératifs de production et de performance des entreprises avec les notions plus globale de condition humaine comme la vérité, la justice, la liberté, la reconnaissance… Quelque part, c’est remettre l’humain au cœur de l’entreprise et de ses objectifs.
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Allo Boulot Bobo : Quelles sont les situations types que tu rencontres dans les organisations ?
Bernard Benattar : Le plus souvent, on fait appel à moi pour des missions de communication dans des situations de crise, notamment au sein d’équipe. Le groupe de travail constate que l’information circule mal, qu’il y a des conflits chroniques. Ils ont un besoin de se poser et de prendre de la hauteur. J’interviens donc pour dégripper les interactions. L’objectif est de déconstruire les systèmes d’interaction qui sont néfastes. Dans ces missions, j’ai essentiellement un rôle de médiateur.
Des fois, l’équipe a juste un besoin de se ressourcer. Le collectif va « bien » mais les managers sentent qu’ils sont pris dans une espèce d’engrenage qui va trop vite. On leur demande d’aller toujours plus vite et ils ne prennent plus le temps de se poser les questions sur les valeurs qui guident leurs actions.
L’entreprise d’aujourd’hui prône de nombreuses valeurs comme l’éthique, le respect, la qualité, l’innovation, la responsabilité… Je pense qu’à un moment, il est important que les collaborateurs s’interrogent sur le sens de ces valeurs pour eux et pour leur collectif de travail afin que chacun se retrouve, à sa manière, dans ses orientations stratégiques.
Mes interventions ont donc un intérêt psychosocial car j’opère aussi bien au niveau de l’individu que du collectif.
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Allo Boulot Bobo : Quels sont les bénéfices et les limites de ces interventions ?
Il y a plusieurs niveaux de bénéfice. D’un point de vue personnel d’une part. Les personnes viennent me voir et me disent : « cela m’a fait du bien de me remettre à penser » ; « cela faisait longtemps que je n’avais pas pensé ainsi ». (...)
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