16/06/2009
Chat avec Pascale Levet de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) sur Le Monde.fr.
Le site du Monde propose ici un jeu de question réponse avec une professionnelle des conditions de travail. Voici un extrait de ce chat :
Caedes: Peut-on parler d'une " échelle du stress " dans le sens où un stress modéré peut être source d'efficacité mais est également, lorsqu'il devient trop important et incontrôlable, contre-productif, voire malsain ?
Pascale Levet : La première chose qu'on peut dire, c'est qu'effectivement, pendant de nombreuses années, il y a eu une valorisation de ce qu'on appelle le "bon" stress. En particulier dans le cas du rôle et des comportements professionnels des cadres et des managers en général. Aujourd'hui, on se rend compte qu'on ne peut pas assimiler la capacité d'une organisation à stimuler l'énergie, l'implication d'un individu au travail à du bon stress. Le stress modéré ou très élevé intervient dans des situations dans lesquelles l'individu rencontre des difficultés à faire face aux paradoxes, aux contradictions, aux dilemmes dans lesquelles les situations de travail les placent.
lilou: Quels sont les lieux pour parler du stress dans l'entreprise ?
Pascale Levet : Il y a différents lieux selon la nature des échanges et des réponses sur lesquelles on doit travailler. Il y a bien sûr le CHSCT, mais il y a aussi le comité de direction, les équipes et les collectifs, qui peuvent être amenés à comprendre ce qui se joue dans leurs activités de travail et qui génère cette situation. Et puis il y a évidemment la conversation qu'on peut avoir avec le médecin du travail, avec un infirmier ou une assistante sociale. Donc de nombreux lieux et espaces de parole, mais aussi de travail, existent.
rémy: Comment dire à son patron que l'on est stressé ? Cela me paraît très difficile.
Pascale Levet : Effectivement, on observe que dans le cas du stress, il y a eu et il y a encore une sorte de déni ou de tabou. Avouer à son patron qu'on est stressé, c'est d'une certaine façon avouer qu'on est insuffisant ou incompétent. Ce qu'on commence à mieux comprendre aujourd'hui, c'est que le stress révèle davantage les difficultés d'une situation de travail que la personnalité d'un salarié, et que dire à son patron qu'on est stressé, c'est plutôt lui parler de ce qui ne marche pas dans sa situation de travail et qu'on pourrait éventuellement améliorer, donc les causes, plutôt qu'expliciter, sans revenir aux causes, les symptômes.
C'est plutôt sur les causes qu'il faut faire travailler son patron.
lilou: Comment favoriser les échanges d'informations entre la médecine du travail et la direction d'entreprise ou DRH sur les difficultés de certains salariés ?
Pascale Levet : Il y a plusieurs choses : lorsqu'il s'agit de cas de personnes relativement isolées, on a des dispostitifs classiques prévus dans le cadre général. En revanche, un médecin du travail qui s'intéresse à la question du stress comme une question relative à la santé des salariés, certes, mais aussi révélatrice et facteur de performance organisationnelle, est un médecin du travail qui se place en situation de pouvoir conduire un projet avec une direction d'entreprise en faveur des conditions de travail et de la lutte contre les risques psychosociaux, et le stress en particulier.
nils_1: Quel est l'état des lieux du stress au travail ? Est-il en hausse ? Certaines catégories sont-elles plus touchées ?
Pascale Levet : Pour pouvoir suivre le stress au travail, on a plusieurs sources d'information. Des grandes enquêtes internationales, des enquêtes épidémiologiques, qui suivent les populations sur la durée, etc., et aussi de très nombreux sondages, études. L'Anact a publié la semaine dernière un sondage sur le stress en France auprès d'une population de 1 000 salariés représentatifs. Effectivement, les statistiques, des études et des sondages indiquent l'augmentation du stress au travail. Cela coïncide sans doute avec des éléments de conjoncture, avec aussi l'impact des conditions de travail dans les organisations aujourd'hui, mais aussi, sans doute, avec le fait que de nombreux salariés, sommés de s'engager, de se montrer motivés et concernés, exercent un oeil de plus en plus critique sur les conditions de fonctionnement de leurs organisations, sur la difficulté à tenir leur rôle. Sans doute aussi une plus grande maturité des salariés sur ce sujet.
Francois: A-t-on une idée claire du coût que représente le stress pour la collectivité aujourd'hui ?
Pascale Levet : Un certain nombre d'études, depuis longtemps, approchent le coût direct du stress (santé) et le coût différé (par exemple, l'inefficacité des organisations). Ces études, en France comme à l'étranger, indiquent un ratio de 3 à 5 % du PIB.
Quelques autres questions :
lindab: Existe-t-il des domaines d'activité où le stress est plus soutenu qu'ailleurs ? Dans la finance par exemple ?
Jean-Michel_Lucas: Le stress n'est-il pas juste un sujet à la mode en période de crise permettant de renflouer les caisses de certaines organisations supposées aidantes ?
Francois: Pensez-vous que le stress au travail puisse être reconnu un jour comme maladie professionnelle ?
nils_1: Un accord a été conclu entre les partenaires sociaux sur le stress au travail. En quoi consiste-t-il, et est-il réellement mis en pratique ?
ours: Le stress au travail peut-il être lié au harcèlement moral ?
cerrumios : Il y a quelques années, les maladies dues aux conditions de travail (mal de dos, problèmes oculaires, auditifs, ...) n'étaient pas reconnues comme l'est aujourd'hui le stress. Maintenant, on voit émerger de nouveaux emplois comme les ingénieurs ergonomes. Quels seront les futurs métiers au sein de l'entreprise pour pallier au stress? Psychologues, masseurs, ... ?
Caedes: Vous évoquez la prévention du stress. Pouvez-vous nous donner quelques exemples ainsi que votre avis sur son efficacité ?
cerrumios : Faut-il dans ce cas une meilleure formation des dirigeants afin de gérer au mieux le stress ? Va-t-on voir fleurir des "cours pour gérer le stress au sein de son entreprise" ?
ours : comment faire prendre conscience aux chefs d'entreprise et DRH du problème ?
kikijuro: Qu'entendez-vous par risques psychosociaux ?
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