Retour sur l’allocution de M. François Mitterrand, Ancien Président de la République, lors du centenaire de l'inspection du travail, sur un siècle de conquêtes sociales et de lutte pour préserver les acquis sociaux, Paris le 19 janvier 1993.
Extrait : Je me réjouis de cette rencontre aussi parce que c'est vous. Je pense surtout, qu'on me le pardonne, bien que soient nombreux les représentants des organisations syndicales, aux inspecteurs du travail à qui je m'adresse. Ils représentent un corps assez peu nombreux de responsables de premier plan, même si on ne le sait pas ou si on le dit pas assez. Ils ont eu pour tâche de donner à notre corps social un sens nouveau, de lutter contre l'injustice et contre l'exclusion, de faire respecter des lois souvent en déshérence, de consacrer une large part de leur vie à cette lutte qui correspond à une vocation sans égale. Quelquefois je me suis plaint, et je me réjouis de voir aussi qu'aujourd'hui, il est question de plus en plus de restituer à l'Inspection du travail le rôle qui est le sien, surtout et en particulier, lorsqu'il s'agit des licenciements.
Sur le travail des enfants dans les mines, François Mitterrand revient sur les freins voire les contre arguments avancés par le Sénat et l’Assemblée Nationale a qui il aura fallu 10 ans de discussion pour parvenir au vote de la loi en question :
Ce sont des mesures, disait-on, humanitaires et elles sont nécessaires. Nous le comprenons fort bien, - nous partageons même ce sentiment - mais il ne faut pas le faire maintenant. Le moment n'est pas venu. La situation économique, la concurrence internationale, la compétition entre nos industries, - pas maintenant - un jour - un jour ou l'autre sûrement mais jamais aujourd'hui. C'est ce raisonnement qui a prévalu chaque fois qu'il s'est agi de s'opposer à un progrès social.
J'observerai que c'est à partir de la création de l'Inspection du travail que nous avons pu disposer, en France, d'un corps de bataille, d'une armature et de gens qualifiée et dévoués pour contrôler, animer, conseiller, veiller au grain, informer les gouvernements. Rien de ce que nous connaissons n'aurait été possible si les forces sociales ne s'étaient pas organisées partout où pensaient être défendus les intérêts légitimes des travailleurs. Syndicats qui eurent quelque peine à se faire entendre, qui traversèrent des périodes de persécution et qui après avoir rempli pleinement leur fonction, ont par la suite, c'est plus récent, abordé une certaine zone de stagnation dont ils commencent à se relever.
Le monde du travail, grâce à eux, a pu s'affirmer et progressivement obtenir le respect de sa dignité, la reconnaissance de ses aspirations.
- La première, la plus profonde d'entre elles : l'aspiration à un travail qui laisse sa part à l'existence personnelle et familiale. Vous avez vu à l'instant, comme la route a été longue, entre la journée de 10 heures et la semaine de 40 heures en 1936, puis 39 heures, et une cinquième semaine de congé payé en 1982. (...)
Pensons aussi aux responsables politiques, aux hommes politiques qui se sont battus, souvent minoritaires, pour obtenir le vote des principales lois sociales. Mais on n'aurait rien dit si l'on n'avait précisé que la force déterminante a été celle du peuple. Ce peuple auquel il arrive de perdre soudainement patience face aux injustices, comme en 1936. Ce peuple qui peut dicter ses exigences, après avoir supporté le gros du sacrifice pour la défense de la patrie, comme ce fut le cas en 1919 et en 1945. (...)
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Il est bien souvent instructif de regarder en arrière afin de comprendre les problèmes d'aujourd'hui. Albert Einstein disait : Les problèmes d'aujourd'hui sont les solutions d'hier. Avec ce discours de Monsieur François Miterrand aux accents très contemporains, ne serait-il pas judicieux de réfléchir aux solutions de demain ? (ndlr)
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