24/10/2009 - Pour l'Observatoire du stress et des mobilités forcées de France Telecom : Patrick Ackermann (SUD-PTT), Philippe Meric (SUD-PTT) et Pierre Morville (CFE-CGC). Article paru sur le site de Media Part
Les syndicats rencontrent jeudi 10 septembre la direction de France Télécom pour évoquer la souffrance au travail. Cet été, cinq salariés se sont suicidés, selon l’Observatoire du stress et des mobilités forcées créé par les syndicats Sud et CGC-Unsa. Dans cette tribune adressée à Mediapart, l’Observatoire condamne le «déni» de la direction de France Télécom et l’enjoint à «accepter de négocier». «La direction se refuse à remettre en cause son modèle de management», écrivent les auteurs.
L'été 2009 a été particulièrement douloureux : cinq salariés de France Télécom se sont encore suicidés. Le premier de ces drames se déroule à Marseille le 14 juillet. Le cadre qui met fin à ses jours, Michel, dénonce dans une lettre sa «surcharge de travail» et un «management par la terreur». Un deuxième salarié, Daniel, se suicide à Draguignan mi- juillet, pendant un arrêt maladie. Le troisième, Camille, met fin à ses jours à Quimper, le 31 juillet. Le quatrième suicide intervient à Besançon le 11 août : Nicolas, célibataire sans enfant de 28 ans, y exerçait son métier de technicien télécoms. Dans une entreprise largement senior, le relatif jeune âge du salarié accroît l'émotion des personnels. Le cinquième et dernier en date, à Lannion le 30 août.
Dans les deux mois d'été, l'Observatoire du stress et des mobilités forcées a recensé, outre ces cinq décès, quatre nouvelles tentatives de suicide. Vingt deux salariés ont mis un terme à leur existence depuis janvier 2008. Une macabre énumération qui ne prend pas en compte les nombreux salariés éloignés de l'entreprise pour longue maladie, terme pudique qui masque le plus souvent de profondes dépressions.
Drame individuel, c'est évidemment la thèse reprise immédiatement par la direction de l'entreprise qui reçoit le concours inattendu et soudain des autorités judiciaires. Le lendemain du drame de Besançon, le parquet a estimé qu'à la lecture d'une lettre laissée par le salarié, il était «impossible d'établir un lien formel de causalité entre ses problèmes professionnels et son geste fatal», sans exclure la possibilité d'une enquête sur les conditions de travail. «24 heures d'enquête, tout est bouclé ! Et l'on se plaint des lenteurs de la justice !», commente de façon amère Francis Hamy, membre de l'Observatoire du stress et représentant de la CFE-CGC et de l'UNSA au comité national qui chapeaute les 263 CHSCT de France Télécom. Le salarié «était confronté à une mobilité forcée depuis plusieurs mois», souligne pourtant Christian Mathorel (CGT). Jacques Trimaille (Sud-PTT) précise de son côté que le technicien «avait récemment été nommé sur un poste qu'il a ressenti comme très disqualifiant».
Dès la mi-juillet, les six organisations syndicales du groupe ont demandé, par lettre publique, une audience d’urgence au P-DG Didier Lombard, sur le départ (Stéphane Richard, ancien directeur du cabinet de la ministre de l’Economie et des Finances, Christine Lagarde, doit lui succéder d’ici 2012). Fin août, notre lettre restait sans réponse ni même accusé de réception.
Chez les militants de base, la tension est réelle : trente mille suppressions d’emploi ont été enregistrées depuis 2006, et se sont déroulées sans aucun accord conventionnel, sans plan d’accompagnement des restructurations.
Les deux dernières négociations, obligatoires tous les trois ans, dites de gestion prévisionnelle de l’emploi et de des compétences (GPEC) ont échoué, fautes de signataires syndicaux…
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